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Commentaire de l’article 13 du Préambule de la constitution de 46

13. La Nation garantit l’égal accès de l’enfant et de l’adulte à l’instruction, à la formation professionnelle et à la culture. L’organisation de l’enseignement public gratuit et laïque à tous les degrés est un devoir de l’Etat.

Depuis l’après guerre, les gouvernements successifs ont organisé et maintenu une école gratuite, laïque et républicaine sur l’ensemble du territoire. A chaque enfant, l’état garantit un accès à l’école jusque l’âge de 16 ans. C’est le plus gros budget de l’état.

Depuis l’année dernière, a été mis en place un compte formation professionnel individualisé qui permet a chacun d’avoir accès à la formation professionnelle y compris en période de chômage.

En ce sens, cet article 13 est une des plus belle réussite de la République et nous ne pouvons que la saluer.

Pour ce qui est de l’accès égal à la culture, un maillage territorial sans pareil a été mis en place par Malraux puis Lang.

Chaque bourg a sa bibliothèque, voir sa médiathèque, son centre culturel et presque chaque ville possède un théâtre, une salle de concert, une salle de cinéma.

Ainsi, un travail quotidien et extraordinaire est accompli au bénéfice de l’ensemble de la population.

Pourtant, la France, terre de tous, de toutes les origines et religions apparait aujourd’hui en difficulté. Les français ne se retrouvent plus dans la mise en œuvre de ce projet tel qu’il est actuellement mis en œuvre. Non pas parce qu’il n’y a plus consensus autour de son sens mais parce que l’égalité, pourtant au fronton de chaque établissement, n’est plus un objectif poursuivi par les gouvernements successifs ces 20 dernières années.

Je n’en donnerai que quelques exemples connus de tous mais qui illustrent ce sentiment général.

Je pourrais parler de la stupeur des attentats perpétrés sur notre territoire par de jeunes français mais ce ne sont que des exemples extrêmes qui expriment sans nuance la situation.

Non je préférerais parler de choses plus simples et devenues habituelles : des écoles, collèges et lycées de quartier désertées par les classes moyennes et supérieures qui préfèrent laisser leurs enfants dans des écoles privées ou faire de fausses adresses pour échapper à leur sectorisation. Ou encore, des responsables de centres culturels, de clubs de théâtre qui assurent une politique culturelle « de ville » (entendez par là pour tous sans distinction de milieu social) depuis trente ans à qui l’on retire petit à petit les subventions et à qui l’on demande de réaffecter leurs efforts en faveur des minorités visibles, des prisons, des enfants en grandes difficultés. Ou bien des enfants en échec scolaire continu, exclus de leurs écoles de façon répétées à qui l’on ne propose plus de solution de remplacement. Des professeurs d’école ou de collège qui mettent eux même leurs enfants dans le privé (et ce dès la primaire) car ils ne croient plus en l’institution pour laquelle ils travaillent. Des directeurs de salles de cinéma art et essai qui assurent une mission d’éducation à l’image et de transmission des valeurs républicaines qui se font agresser par des parents d’élèves car ils projettent des films dans lesquels des personnages ont des relations sexuelles hors mariage. Des classes populaires autrefois militantes dans leur section locale du parti communiste ou dans des associations caritatives qui ne comprennent plus pourquoi la société ne leur accord plus aucun statut et qui cherchent dans la symbolique de « l’étranger » une cause à leur sentiment de déclassement.

Je pourrais continuer cette liste très longtemps. Ce sont des phénomènes relativement récents que de nombreux sociologues, romanciers, spécialistes ont pu décrire, analyser, tenter de comprendre.

Les français sont désorientés. Les philosophes des lumières, la révolution française et l’héritage de l’après-guerre leur avaient proposés une société, une vision du monde universaliste vers laquelle tendre pour un meilleur vivre ensemble. Aujourd’hui tout est organisé pour détricoter, casser méthodiquement cette fiction sacrée, cette croyance commune.

Pourtant officiellement rien de change et les mots utilisés demeurent les mêmes. C’est à n’y plus rien comprendre !Les jeunes partent vers d’autres horizons : Canada, Etats Unis, Asie…

Les vieux tremblent que l’on ne remette en cause leurs retraites et leur accès à la sécurité sociale. Les autres se cramponnent à leurs statuts, leurs travails lorsqu’ils en ont un, leur droit au chômage etc..

La confiance en l’avenir n’existe plus et les citoyens ne croient plus en leur classe politique.

– « Tu vas voter qui cette fois ? »

– « Qu’ils aillent se faire voir, cela fait trente ans que je vote mais cette fois-ci je ne me déplace pas ! ».

Non, ce qui subrepticement change c’est la place que nous donnons au commun. Qu’est-ce qui nous appartient tous ? La culture ? L’éducation ?

La culture est devenue marchande : chaque jour elle est questionnée à l’aune de sa rentabilité et son efficacité pour occuper la population sur le territoire. Car si elle ne rapporte pas assez, elle doit alors satisfaire le public, répondre à une demande. Calmer les mécontentements. Elle n’est plus là pour déplacer les gens mais pour les rassurer, les conforter dans leurs certitudes, voir les divertir. On propose du communautaire aux communautés, de la culture banlieue aux banlieusards, de la culture d’élite à l’élite.

Quant à l’éducation, chaque parent de milieux un tant soit peu informé sait comment faire échapper son enfant à la mixité de la population. Là non plus on ne déplace plus personne et les classes les plus défavorisées, confinées entre elles sont regardées comme malades, comme incapables d’obtenir mieux : l’ascenseur social est non seulement grippé mais son blocage est soigneusement entretenu.

La désindustrialisation de la France ne donne pas de possibilité aux jeunes sans formation qui n’ont pas su trouver leur place à l’école, d’avoir accès à un emploi stable. La logique de classe ouvrière ne peut ainsi s’instaurer et la rage de vivre et de construire un avenir ne peut se canaliser au risque et péril de notre avenir à tous…

Enfin, par remise en cause du commun, il convient aussi d’évoquer la politique systématique de partenariat public/privé promue et organisée par le gouvernement impuissant face à la politique de rigueur budgétaire imposée par l’UE. Les chaires des Universités, les laboratoires de recherches, les institutions culturelles sont massivement financées par de grands groupes privés européens mais aussi saoudiens, nord-américains etc… Les théories qui y sont enseignées, les recherches qui y sont faites, la culture qui y est montrée sont ainsi massivement orientées au bénéfice de l’image de ces entreprises, de leurs intérêts. La pays paiera cher cette politique et, probablement, très rapidement. Peut-être est-ce déjà trop tard.

 Juliette

 

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