Commentaire de l’article 4 de la DDHC de 1789

Art. 4. La liberté consiste à pouvoir faire tout ce qui ne nuit pas à autrui : ainsi, l’exercice des droits naturels de chaque homme n’a de bornes que celles qui assurent aux autres Membres de la Société la jouissance de ces mêmes droits. Ces bornes ne peuvent être déterminées que par la Loi.

Cet article pose la substance d’une enceinte toute à la fois sociétale et individuelle ou plus exactement sociétale parce qu’individuelle L’enceinte n’est pas une frontière qui clôture le sujet  sur lui, même mais une qualité sensible aux autres sujets de la cité.

Elle aura la qualité d’une membrane plus que d’une muraille car Il ne s’agit pas de poser la pierre angulaire des remparts de la cité, qui la gardent des agressions extérieures, mais d’édicter des limites qui bornent « l’exercice des droits naturels de chacun » dans la praxis d’une liberté nouvelle (que Le Robert Misrahi appellerait liberté de second degré au sens ou elle s’élève un cran au-dessus d’une liberté sans conscience d’elle même).

En effet en introduisant l’article 4, « La liberté » s’institue comme une puissance doublée d’une éthique : « ne pas nuire à autrui » devient dès lors l’annonce d’une préoccupation de l’autre indissociable de la construction du sujet libre. En décrétant sa responsabilité de l’autre, la liberté déclare qu’elle est libérée de la guerre et que l’autre ne peut être qu’un allié en son sein.

Par le mot « ainsi, l’exercice des droits.. ….», le législateur de l’assemblée constituante, relie la liberté, les droits et l’altérité dans une incontournable réciprocité. Autrement dit, liberté, droit, et altérité sont à présent les trois facettes  d’une citoyenneté désormais congruente et dynamique. De fait, le texte annonce que le citoyen EST une intentionnalité tournée vers autrui dans laquelle se déploie l’exercice de ses propres droits ; citoyenneté et civisme se reflètent dans la praxis d’un vivre ensemble humanisant librement relié à autrui.

La « borne » rend la séparation des pouvoirs et des sujets effective car, puisque   « on ne peut unir que ce qui est séparé « , alors la Déclaration se doit d’édicter des règles soutenables qui édifieront la société nouvelle en  la préservant des  risques de dérélictions et d’aliénations. La séparation ne sera ni un arrachement ni une cassure mais un discernement sensitif.

Les droits de chacun ne peuvent s’exercer et se policer que dans une intériorité où individuation et interdépendance seront tantôt des retraits solitaires  tantôt des élans « altéritaires » dont la ligne de partage entre le dedans et le dehors sera une extrémité sensible qui pourrait bien être une seconde peau sociale. Tout se passe comme si les sujets citoyens pouvaient à présent se toucher par l’enveloppe tactile de leur liberté.

Si l’on suit cette veine, les citoyens sont des corporéités dont les relations proprioceptives (perceptions corporelles propres) instaurent la cité comme lieu politique nécessairement sensible. Ainsi les mouvements politiques vont-ils drainer les émotions du peuple parce que « les bornes » qui définissent la citoyenneté révèle des membranes individuelles réactives en contact permanent avec autrui.

La visée de cet article est une humanité où les libertés de chacun se savent à fleur de peau et vivent le droit comme un contrat moral de délicatesse ; ici le civisme n’est pas une « moraline », mais une éthique qui érige la liberté en religion existentielle (au sens où elle relie) et où la recherche de soi s’oriente par la perception de l’autre.

La perception sera douloureuse, agréable, douce ou violente, mais elle ne pourra plus jamais s’oblitérer dans l’indifférence sauf à retourner dans l’ancien régime de la cruauté où la liberté s’exerçait comme droit de vie ou de mort sur un autre.

L’article 4 arbore une liberté politique et civilisatrice contraire aux principes égotiques que prônent le libertaire et le libéral, car ceux-là nous font accroire que dans la cité, le souci de soi précède le rapport à l’autre ; ce faisant, ils instrumentalisent les structures socialisantes (le libertaire parce qu’il nie l’institution, le libéral parce qu’il la détourne à son profit).

Mais l’article est encore plus audacieux quand il utilise le mot « jouissance de ces mêmes droits » là où quelques mots avant il était question « d’exercices des droits », il ouvre alors, une voie inédite pour l’ascension du bonheur de tous du préambule. La jouissance anticipe le désir et la plénitude, non comme simple utilisation (jouissance de première définition) des droits garants du bien-être individuel, mais comme intensité (jouissance de seconde définition) du plaisir d’être en libre citoyenneté. La jouissance nous conduira alors à une autre façon de vivre la propriété (jouir de la propriété) en rupture définitive avec la propriété de l’ancien régime pour qui l’autre « inféodé » est interdit de « jouissance » de droits et de propriété. C’est cette propriété, qui est le second pilier de l’article 2, qui sera réaffirmé dans l’article 17 (mais infléchie un ton plus bas)

La phrase suivante clos l’article par une assertion magistrale : « ces bornes ne peuvent déterminées que par la loi » Les mots semblent pesés et le style impérieux se fait huissier clamant l’entrée de La Loi dans la Déclaration.

La loi apparaît pour la première fois ici, à la dernière phrase de l’article 4. En tant que lecteur, nous ne connaissons pas encore exactement son intention.

À la différence de l’article 5, qui contient le droit d’interdire de la loi dans le registre de la défense contre les actions nuisibles, l’article 4 ne fait pas des bornes de la loi son objet, mais il assigne la loi à la détermination de ces bornes tout en lui intimant (…de bornes que celles qui assurent aux autres…) la consigne de laisser les libertés des citoyens se limiter elles-mêmes par leur sensibilité réciproque.

De quoi la loi est elle exactement garante ici ? Des bornes ou du respect des bornes ? Il y a la une ambiguïté que seule la lecture des de l’article 5 et l’article 6 nous permettent de lever (le 5 défini les limites de la loi qui définie les bornes, le 6 dit l’essence de la loi comme « expression de la volonté générale »

Si la loi est l’expression du peuple et qu’elle est elle-même limitée, ne faut il pas entendre « les bornes sont déterminées par la loi » dans une acception non pas de détermination (au sens de coercition), mais de déterminante (au sens de condition de possibilité)?

Nous retrouvons par l’affirmative à cette question le principe de la table, à savoir que la loi contient les droits, mais ne les rédige pas, elle ne se substitue pas au législateur qui EST le peuple. Elle est « l’expression de la volonté générale » qui exige une matrice protectrice qui bornes les droits, protège la liberté et permet l’émancipation du citoyen humain en tant qu’homo politicus sensibilis. C’est donc parce qu’elle surplombe le cadre de la table (dans l’iconographie la loi est au-dessus) et qu’elle côtoie l’esprit de l’être suprême (l’ange) que la loi détermine les bornes au sens où elle contient. Le droit est donc le contenu de la loi et l’esprit de la loi est le supplément d’âme du peuple.

 Par cet article 4, la loi détermine (rend possible) la construction de deux citoyennetés: l’une intérieure où s’élabore une liberté tournée vers sa propre sensibilité à l’autre, l’autre extérieure où se meuvent ces mêmes libertés individuelles. Les rétractations ou dilatations constitueront le corps sociétal pour lui assurer homéostasie et vitalité. Si l’image du corps est si évocatrice, c’est que la liberté est le processus d’individuation citoyenne qui organise la constitution de la cité. Ainsi La Déclaration des droits assure la bonne santé du corps sociétale et son salut public se hausse à une sotériologie collective.

Si les bornes nous l’avons vu sont des membranes souples qui englobent les libertés dont les conjugaisons déroulent la temporalité de la cité, on ne peut donc pas suivre l’apophtegme qui chante une « liberté des uns qui s’arrêterait où commencerait celles des autres ». Le célèbre adage est tissé de méprise,  car « les bornes qui assurent aux autres Membres ces mêmes droits » ne sont justement pas des arrêts, mais des relations.  La liberté de l’article 4 n’est pas stoppée par celle de l’autre comme un élan qui se cognerait à un mur, mais à l’inverse, elle se prolonge dans celle de l’autre.

Comment pourrait-on circuler dans une cité dont les routes seraient sans cesse coupées par les limitations personnelles ou claniques ? Il n’y aurait plus de cité, mais une série de territoires autogérés, et la nation serait un agrégat de modules rigides dont l’indépendance serait gardée par la menace de la guerre. Des murs à vifs se substitueraient aux épidermes sensibles et autrui deviendrait l’ennemi privé en lieu et place de l’ami public.

Si l’on ne veut pas tomber dans l’écueil de la justice personnelle, Il est indispensable de penser la liberté comme une relation et non comme une contrainte. Or les droits naturels sont aussi des libertés parce qu’ils permettent la création (ou la libération) d’espaces qui rendent possibles à leur tour le mouvement souple des libertés entre elles de telles sorte que leurs synchronicités (qui échappent à la causalité visqueuse et continue des choses chère à Bachelard) puissent réaliser une société imprévisible mais toujours issue de la rencontre et du désir des existences.

Sans cela les droits cessent d’être des droits pour devenir des polices privées utilisant des cerbères et des vigiles pour garder leur pré carré. Ils sont pourtant nombreux ceux qui considèrent que la liberté se borde de barbelé et qui s’enferment croyant se protéger. Leurs bornes sont des blindages derrière lesquels ils se replient ou se communautarisent oubliant d’être à la cité.

Ils ne sont plus en état de droits (d’exercer leurs droits), mais en état de rupture et font sombrer la cité par le naufrage de l’article 4.

N’en sommes-nous pas déjà là ?

Adèle C

Commentaire de l’article 5 de la DDHC de 1789

Art. 5. La Loi n’a le droit de défendre que les actions nuisibles à la Société. Tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché, et nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas.

 Avec cet article le message est clair : la loi n’est pas le flic !

La première phrase présente d’emblée les limites que la loi se fixe à elle même : « elle n’a le droit de défendre QUE … » La loi n’aura pas plus de droits QUE cela. Qu’est-ce donc que cette loi nouvelle qui s’intronise en réduisant ses propres droits ? En se mettant tout d’abord à l’épreuve d’elle même, la loi s’affirme comme méfiance des lois abusives et comme conscience des dangers qui rôdent autour de la jeune et fragile société qu’elle enceint, non dans un lieu clos (qui serait une prison potentielle), mais dans une ferme résolution : la protection contre les actions nuisibles. De ce fait les limites ne sont ni des murs ni des interdits de principe, mais des boucliers occasionnels qui n’apparaissent que lorsque la nuisance rôde. La loi de l’article 5 n’est donc pas une frontière qui contraindrait la liberté du citoyen, mais une vigilance aux aguets, un « caute » (sois prudent) spinoziste dont nous verrons qu’il préfigure, plutôt qu’un ensemble de règles rigides, la condition de possibilité d’une éthique qui s’accomplira dans une réciprocité de respect dont l’autre nom pourrait bien être «  citoyenneté ».

Pour cela, la loi sera non-violente et n’utilisera la rigueur et la fermeté que pour protéger l’espace où la cité peut advenir. Car la cité, avant d’être un lieu (un topos délimité), est une vision imaginale telle qu’elle se trouve à la lisière du sensible et du réel (selon Henri Corbin). Ainsi partagée par un certain nombre d’individus, qui la perçoivent comme presque réalisable, cité devient désir de faire société. Autrement dit, la cité avant d’être une ville ou une nation est une U-topie (un « au-dessus » du topos)

La loi qui protège cette société désirée et désirante, ne sera intransigeante qu’avec ceux qui menacent la matrice où l’ancien assujetti se transforme en un citoyen bâtisseur.

La cité (dont la substance EST Utopie) que caresse le regard tendre de la loi, aura la mesure de l’idéal révolutionnaire et cet idéal est une ferveur en marche doublée d’un droit irréfragable à rêver c’est-à-dire à libérer l’imaginaire.

Pour cela, l’article 5 garantit au peuple en pleine mutation la supériorité du soin protecteur sur les pouvoirs nuisibles et sécuritaires qui exigent-en retour de leur milice- l’allégeance des personnes.

En 1789 comme aujourd’hui, les actions nuisibles se tissent souvent dans d’obscures intrications (TAFTA est un exemple paradigmatique), plus elles sont souterraines plus elles sont intriguantes et vénéneuses et c’est pour en prémunir la cité que la loi délimite l’endroit exact de sa radicale intervention.

Elle n’attaquera que si la cité est menacée, mais dans ce cas elle sera une louve intraitable. La loi des droits est défense légitime.

Lorsque l’article 5 ajoute que « tout ce qui n’est pas défendu par la Loi ne peut être empêché », il déclare de fait illégale toute forme de despotisme dont l’incarnation la plus fréquente est sans doute celle d’un paterfamilias omnipotent dont les proches sont des objets à domination. Mais la tradition est coriace et le patriarcat ne lâche toujours pas ses prérogatives, il les déplace et les transpose, mais s’accroche toujours à son droit féodal et prédateur et pour cause : il est consubstantiel à la pratique de la guerre et de la conquête (et le libéralisme économique en est une des déclinaisons quand il vise le monopole).

Si le patriarcat peut encore aisément nuire à la société que soit sous la forme économique ou religieuse, c’est que la loi de 1789 n’est pas encore comprise dans son acception féminine.

Mais le plus déroutant réside en ce que les institutions issues de la république (donc supposées porter la loi des Droits de l’Homme) répugnent à entendre que « nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ». On assiste alors à une débauche de« flicages » qui sont autant de dérives de la force publique, évoquée dans l’article 12 « cette force instituée pour l’avantage de tous  et non pour l’utilité particulière de ceux auxquels elle est confiée». On reste perplexe devant ces principes de précaution arbitraires qui restreignent la liberté du citoyen au prétexte qu’il pourrait être nuisible et comme on ne sait pas bien lequel on applique à un paquet de citoyens le principe de précaution. Mais ce faisant on récuse la notion même de citoyen-sujet- libre puisqu’on le massifie en le compactant sous l’attribut de la suspicion. Or en plaçant l’objet du nuisible (le risque d’attentat par exemple) AVANT le sujet-citoyen libre et respectable, c‘est tout le socle intentionnel des Droits de l’Homme qu’on écrase et l’institution complice d’une telle dérive, PRODUIT DE FAIT, une action nuisible à la société.

De plus si l’on lit bien la phrase de l’article 5 ce sont les actions nuisibles que la loi défend, en aucun cas les possibilités d’actions nuisibles. Un minimum de réflexion nous montre qu’entre la possibilité d’action et  l’action et il y a tout l’espace  de l’exercice de la raison et de la retenue de la violence (chère à l’historienne Sophie Wahnich)

Le glissement sémantique est délétère, car dans ce cas le principe de précaution n’est plus en mesure de contenir aucune violence, il cède à sa paranoïa et pour apaiser une angoisse (qui par essence prédit le passé) il demande à la force publique (de l’article 12) de trahir la loi de l’article 5.

Pour essayer de saisir à la source le lieu du glissement, il est nécessaire d’enfoncer le clou et de redire le principe féminin de la loi.

Si la Table de la loi des révolutionnaires peut évoquer les 10 commandements, elle s’en distingue par l’iconographie qui la surplombe : une femme plantureuse et un ange magicien (qui tient une baguette indiquant un esprit lumineux). Ses deux tables gravées ne sont pas arborées par un patriarche vigoureux et elles ne déclinent aucun commandement, bien au contraire, l’article 5 nous le confirme : «  nul ne peut être contraint à faire ce qu’elle n’ordonne pas ». La loi des Droits de L’Homme se sépare définitivement des monothéismes dont le décalogue archétypal est fondé sur la crainte d’un dieu qui n’engendre que replie et lâcheté quand il n’est pas regardé droit dans les lignes sans peur d’être aveuglé ou pulvérisé (comme dans les aventuriers de l’arche perdue).

La loi de 1789 ne se réduit pas à une humble gardienne, elle fait du souci de tous sa légitimité, sa grandeur et son ambition.

Le respect qu’elle réclame est indissociable de l’éthique qu’elle provoque sans la contraindre. En ne défendant rien d’autre QUE ce qui est nuisible à la société, elle laisse le citoyen en herbe choisir son propre mode d’être à la cité, elle ne lui intimera aucun ordre et le laissera libre de construire un château ou une cabane, mais veillera à ce que l’espace qu’il occupe ne soit issu ni d’un vole ni d’une conquête de l’autre, mais le fruit d’une authentique et singulière création.

L’article intrigue par sa forme négative à telle enseigne qu’il laisse accroître que la loi n’a aucune puissance ( ne pas ….n’est pas …. ne peut). Pourquoi tant d’insistance à dire tout ce que la loi ne fera pas ? Ne risque-t-elle pas de devenir, à l’instar d’une théologie négative ( ce dieu dont on ne peut rien dire ) une tolérance plus proche de l’indifférence du peuple que d’un amour amour brûlant et impérieux ?

Nous touchons là ce qui est peut-être l’intention la plus délicate de la loi et que le texte ne peut saisir qu’en creux. En montrant les endroits où la loi ne s’exercera pas, le texte révèle une loi non intrusive et si absolument respectueuse de son citoyen que celui-ci pourrait croire qu’elle le dédaigne. Mais il faut déjà une conscience affûtée pour percevoir que la bienveillance respectueuse n’est pas une indifférence et qu’à l’inverse, une trop grande préoccupation à l’égard du citoyen peut virer à une surveillance violeuse ou violente.

C’est que la frontière est si délicate entre l’émancipation et le laisser vivre, que plus de deux siècles et demi plus tard, nous flottons encore dans les limbes de l’incertitude. Seule la construction personnelle d’une éthique peut nous sortir du doute et la loi ne se substituera pas à l’individu dans ce labeur qui nous révèlera le trésor que nous sommes. Ce bien suprême, dont Spinoza précise à la fin du 5e livre de l’Éthique qu’il est précieux, mais aussi difficile que rare, n’est rien moins que le bonheur.

Ce « bonheur de tous » qui est la raison d’être de toute constitution (invoqué plus qu’évoqué dans le préambule) n’est pas une simple ataraxie (absence de douleur ou de maux), mais une joie véritable en tant qu’elle est « puissance d’être et d’agir » c’est-à-dire dynamique de transformation individuelle et sève de la résistance à l‘oppression (les tristesses sont passives et l’on confond trop souvent passion et intensité).

Autrement dit, la loi qui ne commande pas tient dans les bornes de « ce qui est défendu » le seul jardin possible d’une liberté qui, parce qu’elle n’est pas surveillée, mais bien veillée, peut devenir dynamique d’émancipation

Et voilà que la modeste loi de l’article 5 qui prétendait si peu et ne défendait «QUE les actions nuisibles», nous apparaît alors comme le creuset capable de contenir l’incandescence d’un bouillonnement révolutionnaire perpétuel.

La loi des Droits de L’Homme résistera à la loi des commandements et ne se laissera séduire par aucun pouvoir.

La nature de la loi est sa propre loi, sa raison d’être et sa substance. Elle est à la fois possibilité de toutes les organisations vivantes (y compris des désorganisations) et l’organisation de son propre cadre, car ce qui défendu, n’est défini qu’en qu’il est nuisible à l’évolution d’un mouvement qui n’est justement pas un ordre, mais une construction sociétale, un agencement passager d’un état de la cité à un autre dont les hiérarchies sont mouvantes puisque soumis à loi de la liberté et de l’émancipation (de l’ordre précédent)

En cela, la loi de l’article 5 ne peut laisser s’installer aucun conservatisme qui lui serait un oxymoron.

Ceux qui opposeront à mon analyse, les bienfaits éducatifs des impérieuses sollicitations du devoir, à la manière d’un Kant affirmant « Qu’il juge donc qu’il le peut parce qu’il a conscience qu’il le doit.. » Ceux-là affirmeront aussi qu’il n’est de droit sans devoir ni de liberté sans contrainte. Il existe bien une déclaration des droits et des devoirs rédigée en 1795, mais qui n’a plus la saveur utopique de celle de 1789, j’en prends pour preuve l’article 4 dit : « Nul n’est bon citoyen, s’il n’est bon fils, bon père, bon frère, bon ami, bon époux ».

De là à chanter les roboratives et salutaires punitions corporelles, il n’y a qu’un pas qui fut gaillardement franchi dans les écoles de la république.

Mais l’article 5 qui fonde notre constitution actuelle dit tout l’inverse et les partis qui invoquent les épanouissantes vertus des devoirs devraient relire leur copie républicaine sous peine de se voir recalés à l’examen de la citoyenneté contemporaine.

Adèle C

Commentaire de l’article 11des DDHC 1789

Art. 11. La libre communication des pensées et des opinions est un des droits les plus précieux de l’Homme : tout Citoyen peut donc parler, écrire, imprimer librement, sauf à répondre de l’abus de cette liberté dans les cas déterminés par la Loi.

 Des 17 articles, l’article 11 est sans doute un des plus célèbres parce toujours sensible. Après quelques tentatives d’envols un peu courts qui virent pléthore de publications dans la première partie de la révolution puis une succession de restriction de cette même liberté de diffusion (jugées trop libertaire), il décolle enfin et déploie toute son envergure avec la loi du 29 juillet 1881 qui entérine la liberté de la Presse.

Cette liberté de dire, d’écrire et d’imprimer a récemment prouvé qu’elle pouvait susciter la haine et la tuerie. Tout se passe comme si le verbe ne cessait de brasser toutes les émotions humaines en les précipitant dans la sauvagerie ou, à l’extrême contraire, en les menant vers le sublime. Si le verbe est sensible c’est qu’il exprime tantôt  « la substantifique moelle » des consciences tantôt les noirceurs impensées des refoulements (impensables).

En édictant « un des droits les plus précieux » de la libre circulation des pensées et des idées, ce texte donne au citoyen l’outil indispensable à toute forme d’émancipation. Il lui donne plus qu’un crayon pour écrire, il lui offre une perspective et une raison de le faire, en deux mots : il nourrit, en le légitimant, le désir de dire, de transmettre, de traduire et de transposer ce qui se joue dans l’intériorité de chacun et de la faire accéder au réel. Il permet de faire ex-sister (mettre au dehors de soi) les idées qui vont dès lors se frotter, s’oxyder ou se fourbir à celles des autres.

Avec  la libre communication des pensées, le Mercure ailé (dieu des voyageurs, des poètes, des commerçants et des voleurs) reprend la mission sacrée qu’il lui était dévolu par l’Olympe. Mercure comme une abeille industrieuse et légère va pouvoir féconder les esprits et la révolution entreprendre la conversion des intelligences du peuple.

Les précepteurs compassés pourront rester confinés dans les chambres obscures de l’ancien régime, la véritable éducation sera populaire ou ne sera pas.

Les pensées et opinions seront dans l’air tel un pollen que chacun pourra saisir au vol. La critique va pouvoir commencer son œuvre de fermentation dans le cerveau du citoyen et la curiosité devenir un atout d’apprentissage en s’affranchissant de la peur ou de l’interdit. Il ne s’agit pas tant ici de la possibilité d’un savoir qui se donnerait aisément, parce que dorénavant accessible à tous (pour cela il faudra attendre l’école de la république), mais d’une liberté intellectuelle fondée sur un droit inaliénable à la pensée individuelle du monde donc de la multiplicité des mondes. Chaque citoyen va pouvoir disposer du matériel propre à cultiver à sa façon son propre mode d’intellection.

Il est intéressant de noter que l’autodidaxie précède l’institution scolaire généralisée.

Bien sûr ,le peuple ne va pas immédiatement devenir un aréopage de philosophe, de savants ou de poètes, mais il a dorénavant ce droit précieux comme moyen premier d’y parvenir.

La question de la nocivité ou de la qualité des idées libres (donc potentiellement dangereuses ou menaçante) n’est pas primordiale (la phrase qui l’évoque est à la fin de l’article), ce qui est fondateur c’est l’événement tout à fait inédit d’une diversité d’opinions exponentielle. L’information voyageuse va pouvoir changer la forme des idées de celui qui la prend et altérer les visions et les imaginaires de chaque individu.

On comprend bien sûr qu’avec un tel lâché prise la nation se dote d’un droit qui peut devenir une arme redoutable de propagation d’opinions contestataires facilement manipulatrices. Mais le doit positif de résistance à l’oppression, prônée par l’article 2, ne disposerait d’aucun moyen d’agir si l’article 10 ne rédigeait le dispositif de « la libre communication des pensées « comme la fabrication d’incalculables possibles. C’est le choix d’une assemblée constituante qui prouve avec ce texte son incommensurable confiance dans l’intelligence de l’Homme.

Il fallait l’article 10 pour assurer la tranquillité des esprits, un cerveau sur le qui-vive a du mal à se concentrer et se refuse à produire. Il faut de la paix pour dérouler le lent, très lent mouvement d’une pensée profonde et innovante. Bien sûr l’autorisation de penser et de faire savoir qu’on pense ne suffit pas, la tranquillité d’esprit ne se réduit pas au droit, il faut dépasser l’urgence de subvenir à ses besoins primordiaux pour commencer à envisager une méthode propre à la construction de soi. Pourtant sans la liberté de parler, d’écrire et d’imprimer, aucune matière à penser ne peut arriver sous le burin du citoyen sculpteur de lui même.

L’article en énonçant un ordre qui va du dire au livre (parler, écrire imprimer) affirme que chacun va désormais pouvoir être auteur c’est à dire non seulement être créatif, mais soumis à l’autorité de sa propre création et non plus pris dans l’autorité de l’autre (car avant d’être autoritaire, l’autorité est d’abord une légitimité d’écriture et crédit d’un texte) . Le droit précieux à l’écriture et à sa diffusion déborde largement le simple cadre de la liberté d’expression, il est à la fois le socle et le terreau d’un Homme nouveau capable de fabriquer, parce qu’il la pense et la confronte à la pensée de l’autre, sa propre liberté.

On voit alors poindre une intention inscrite en filigrane dans la déclaration des Droits de l’Homme qui est celle, non pas seulement de rédiger des Droits nouveaux, mais de transformer la nature même du citoyen auquel ils s’adressent. Le droit devient par conséquent consubstantiel d’une nouvelle humanité capable de se créer autrement et cet autrement réside précisément dans la libre circulation des idées de l’autre. Chacun est désormais en mesure de devenir un autre en lui même, ce qu’exprimera plus tard   Rimbaud lorsqu’il écrira « je est un autre « . Il fallait le droit précieux à la libre communication pour que « je » puisse devenir « un autre » grâce à la rencontre avec un texte qui portera loin une pensée, une opinion ou toute forme d’idée et de croyance en mesure de déplacer le sujet en lui même .

C’est cet autre citoyen, du moins cette brèche ouverte dans l’aliénation de l’assujetti au monarque qui est menacée de comblement par la contre-révolution. La révolution n’aurait pu accomplir son tour complet si la précieuse entaille avait été cautérisée par le fer des ennemis du peuple libre. C’est à mon sens cela que la terreur défend jalousement : le droit du sujet à s’extraire de lui même en confrontant ses opinions à celle d’un égal à lui dans cette période de vulnérabilité extrême à laquelle expose la mue de l’assujetti,  pensé par le royaume,  en un citoyen capable de penser monde. Car penser le monde à partir du sujet représente un retournement absolu des paradigmes de l’ancien régime où même le roi ne s’appartenait qu’à moitié (l’autre moitié étant enserrée dans le protocole et la tradition). On ne peut changer que le monde que l’on ne pense jamais celui dans lequel on est pensé. L’action comme apanage de la liberté est le premier attribut du sujet : le « je dis » et « j’écris » rendu légitime et précieux par l’article 10 congédie définitivement le «roi dis nous voulons, nous disons, nous écrivons ».

La dernière phrase de l’article pose les mêmes limites que dans les articles 5 et 10, elle redit que la liberté ne saurait être nuisible et protège de l’abus une puissance citoyenne qui risquerait d’être tentée par le pouvoir sur l’autre, la prédation donc la tyrannie. La loi ne cesse de cadrer les puissances pour qu’elles dynamisent dans leur ensemble les sujets, dorénavant libres de penser la société qu’ils font et d’actualiser la société qu’ils pensent. Autrement dit, le  pouvoir de faire qui encourage l’agir du citoyen révoque le pouvoir sur l’autre qui le rend passif.

Adèle C

 

 

 

 

 

 

Commentaire de l’article 10 de la DDHC 1789

Art. 10. Nul ne doit être inquiété pour ses opinions, même religieuses, pourvu que leur manifestation ne trouble pas l’ordre public établi par la Loi.

Dans cet article, il est tout d’abord question de la relation tranquille et apaisée entre la loi et le citoyen, car « nul ne doit être inquiété pour ses opinions… » Ici, la loi réaffirme son cadre bienveillant et protecteur de la cité. On ne rencontre sa fermeté que lorsque l’on s’approche du parapet qui borne les limites du bateau sociétal «  Pourvu que les manifestations des opinions ne troublent pas l’ordre public » le navire du peuple ne risque pas de chavirer. L’article 10 renforce l’article 5 et précise en quel sens « nul ne peut être contraint de faire ce qu’elle n’ordonne pas » en effet la loi n’ordonne pas de penser telle ou telle chose. La loi gouverne à l’instar du capitaine qui tient fermement le gouvernail, son souci n’est pas tant de diriger les citoyens que de garder le cap vers « le bonheur de tous » du préambule et de leur assurer un pont solide capable de leur garantir la sureté (3e pilier du temple de la cité énoncé dans l’article 2(après la liberté et la propriété).

Le soin apporté à chaque individu est prolongé dans l’article 11 qui précise que la libre circulation des opinions (de l’article 10) « est un des droits les plus précieux de l’Homme ».

On comprend donc que la loi construit le bastingage qui permet au peuple de se mouvoir harmonieusement sur le cargo du collectif. En décidant de contenir et de prendre soin de chaque liberté individuelle, la loi se refuse à toute forme de despotisme qui viendrait écraser les puissances de chacun. La loi se définit comme limite au sens où son trait dessine une forme en fermant un espace qui précisément parce qu’elle le clôt le fait apparaître. Le crayon de l’article trace le contour de la liberté à venir, à charge au citoyen-sujet de remplir et colorer cette forme-espace qui devient la condition de possibilité d’individualisation avec les autres De la même manière qu’une forme sans contour ne saurait être une forme, une liberté sans limites ne saurait ni retenir ni concentrer les puissances d’être de chaque corps.

Là où le monarque contraignait l’énergie du sujet pour le compte de l’œuvre du royaume soumis à un dieu unique , la loi de l’article10 prouve que chacun est libre d’être auteur de lui même.

Pour mieux comprendre cela, il faut remettre l’être suprême ( qui préside à la déclaration) dans la perspective d’un concept de spiritualité tel que «  Deus sive Natura » (Dieu c’est à dire la Nature  selon Spinoza) qui est la condition de possibilité de l’ascendance du sujet vers l’au delà de lui même. L’Homme, libre de ses opinions, fabrique son existence avec sa liberté et intensifie sa liberté avec les opinions et croyances qu’il peut exprimer et expérimenter à la condition qu’elle n’écrase pas celle de l’autre.

Mais l’article 10 va encore plus loin lorsqu’il subsume les religions sous les opinions : Il renverse l’ordre de la religion royale, qui monopolisait l’énergie spirituelle du sujet,  et le change en un sous ensemble de l’opinion. « Nul ne doit être inquiété pour ses opinions MÊME religieuses.. » : entendez que la religion est une opinion au sens latin du terme  opinio, une croyance qui relève d’un sentiment intime de quelque chose. Une opinion avant d’être un avis est une subjectivité.

En reléguant LA Religion au statut d’opinion et non plus de vérité unique, l’article 10 libère le sujet de la gangue d’une objectivité par essence absolutiste.

En tranchants les attaches des monothéismes qui meurtrissaient les dynamiques d’émancipation du citoyen, l’article 10 élargit l’espace autour du sujet, il crée une étendue individuelle qui va devenir une véritable dimension civique. Dès lors, le corps de l’ancien assujetti s’agrandit à la fois d’une possibilité de spiritualité et d’affirmation de son existence comme création de lui même.

En ce sens, la spiritualité vaut pour liberté d’ascendance de l’esprit là ou LA religion corsetait la pensée. La bifurcation entre LA religion et la spiritualité se situe à l’endroit où la pensée peut devenir critique (positive ou négative). C’est du reste la raison pour laquelle les grands Mystiques furent perçus comme subversifs par les  Pouvoirs et instances religieux (trop d’amour déborde l’injonction d’aimer)

On remarquera qu’il n’est nul part fait mention du mot laïcité dans aucun des 17 articles et pour cause : le terme de laïcité révoque toute notion de religion or l’article 10 les convoque toutes et les invite à la pratique du libre exercice de les penser intimement (en tant qu’opinion) c’est-à-dire subjectivement.

Dès lors l’article 10  affirme que la cité nouvelle repousse les limites de son poemerium (le sillon qui entoure la cité romaine) pour permettre à chacun de  cultiver son jardin spirituel   ET intellectuel ( au sens latin intellectio : faculté de comprendre) . L’opinion qui chapeaute la religion a le droit de la critiquer et de s’autorise à la comprendre à SA manière,  y compris d’en douter et de l’interroger.

Nous sommes bien loin ici d’une laïcité qui viserait à faire tenir ensemble des dogmes religieux déterminés à rester chacun dans le carcan d’une pensée unique qu’aucune critique ne pourrait altérer (rendre autre) et qui jugeraient comme blasphématoire toute tentative de mise à distance, toute forme de perspective provoquée par le doute, la critique (dont l’humour est une des formes) et le questionnement.

L’article 10 nous parle plutôt d’une capacité à tenir avec et contre l’opinion de l’autre (fut il religieux) dès lors qu’il ne trouble pas l’ordre public, c’est-à-dire l’espace où justement se tissent les liens entre les opinions diverses et qui instaure alors la mixité des subjectivités.

En ce sens la tuerie de Charli Hebdo révèle un malentendu profond, dont on n’a pas assez mesuré l’accroc fait à l’article 10 (qui fonde notre constitution).

En promulguant le terme de » droit au blasphème », certains médias (malheureusement la plupart) ont enfoncé le couteau dans la plaie. En effet le fait même de parler de blasphème revient à reconnaître aux Religions le droit de faire passer leur dogme avant la critique et la mise à distance (dont l’humour je le redis est une des déclinaisons). Or si, selon l’article 10, j’ai le droit sacré de pouvoir exprimer MA vision du dieu de l’autre, je ne perturbe pas plus l’ordre public que je ne blasphème, je dis simplement mon opinion, je dis MA perception intime de l’opinion de l’autre ; je critique, mais je n’attaque pas. L’attaque serait de traquer l’autre dans sa liberté d’exprimer son opinion donc d’affirmer sa citoyenneté comme droit de vivre tout à la fois sa croyance et sa liberté.

Là oui il y aurait blasphème, non pas du dieu de l’autre, mais de l’autre lui-même en tant que sujet (séparé d’un quelconque créateur). Il aurait blasphème de l’esprit des Droits de L’Homme qui affirme que l’esprit du peuple est « être suprême » quand le supplément d’âme émerge du « tout supérieur à la somme des parties » Pascalien.

Il y aurait blasphème du respect et de la subjectivité, il y aurait blasphème de l’esprit de la cité, il y aurait blasphème de l’humanité citoyenne et de l’accueil de l’autre en tant que personne non pas différente de moi, mais semblable autrement.

La diversité des individus se complexifie lorsque les personnes pensent des choses différentes, mais elle vire à la violence lorsque les personnes  pensent autrement les mêmes choses.

La violence de la tuerie de Charlie hebdo nous touche au plus profond parce qu’elle met sur le même plan la Religion (une Religion) et la loi républicaine sacrée qui relie les sujets. En ce sens La religion devient la rivale du peuple. Elle substitue ses règles à la souveraineté du peuple qui FAIT loi. Quand on parle de « droit au Blasphème » on revendique en le niant un droit que les révolutionnaires de 1789 ont déjà gagné et qui est inscrit dans l’article 10.

Si selon cet article, la religion est une opinion comme les autres où est le Blasphème ? Une opinion par essence ne peut pas être blasphémée parce qu’elle EST pure subjectivité. Blasphème-t-on lorsque l’on exprime son désaccord ?

Pour autant on ne saurait dire à un autre «  ce que tu sens est faux » sans trahir ce même article. Il faut mesurer sa parole à l’aune de la limité qui troublerait l’ordre public c’est à dire qui troublerait l’autre citoyen dans l’exercice de sa souveraineté individuelle et intégrale. En terre des Droits de l’Homme, L’intégrisme et l’intégrité se tournent radicalement le dos.

On peut caricaturer tel prophète et même nommer tel dieu (dont il ne faudrait pas prononcer le nom), on peut rire d’un chant sacré, mais on ne peut le faire à l’intérieur de l’espace de l’autre. On NE peut entrer dans une synagogue, mosquée, temple ou église sans se plier aux règles de respect du lieu qui vaut pour espace de libre exercice de la spiritualité de l’autre citoyen. On le sent bien, l’habitat de l’autre citoyen ne se réduit pas à sa maison, elle intègre celle de ses opinions et croyances.

Ainsi la manifestation des opinions d’autrui ne saurait pas plus troubler l’ordre qui préside au respect des habitats et habitus de chacun qu’elle ne doit inquiéter celui qui en exprime d’autres.

La boucle est bouclée, car l’ordre public est précisément l’agencement fluide des opinions harmonieusement conjuguées. Si nous ne sommes pas encore rendus à cette cité idéale, du moins ne laissons pas le chiendent de l’approximation embroussailler le chemin d’une démocratie qui n’a plus que le souffle des droits de l’homme pour escalader l’avenir (pour paraphraser René Char).

Ne laissons pas la paresse existentielle (pour reprendre le philosophe Robert Misrahi) s’avachir sur la finesse de la voie du milieu  que déploie l’article 10, car entre la mollesse de la tolérance et la fermeté du respect il y a la verticalité d’un sujet que la loi soutient afin qu’il la porte à son tour.

Adèle Côte